juin 12, 2013
"Femme" tu m’énerves.

Femme. 

Femme de chambre, mari et femme, sage-femme, femme de ménage, femmes entreprenEURES, femmes journalistes, femmes écrivains, …

Quel que soit le contexte, on nous ramène toujours d’abord au fait d’être une “femme”.

Etre un homme, quel que soit le domaine, ne se précise pas. 

Football masculin? Hommes entrepreneurs? Hommes écrivains?

A bon entendeur…

mai 16, 2013
humanslovestories:

Saison 02 - Episode 03 : Mar_Lard, “gameuse passionnée et féministe”, raconte son moment-clé : l’histoire d’une histoire qui l’a marquée.


L’humain :
«Mar_lard» : il est possible que ce pseudonyme vous soit familier. Si vous vous intéressez de près ou de loin au jeu vidéo, il est même probable que vous ayez lu ou entendu un avis sur “Mar_lard” et son désormais fameux pavé, balancé il y a deux mois dans une mare qui clapotait jusqu’alors sereinement. “Sexisme chez les geeks : pourquoi notre communauté est malade et comment y remedier”, le long billet de Mar_Lard (quelques centaines de milliers de signes, soit la taille d’un petit livre, tout de même) constitue une implacable démonstration ayant courroucé plus d’un geek de type masculin, les plus nuancés dissimulant mal leur gêne d’avoir été pris la main dans le sac à boobs.
Mar_Lard ou celle qui agace les garçons en faisant le constat de quelques évidences avec une détermination qui force le respect, et avec en son centre l’underscore caractéristique de ces noms nés sur les claviers. 
Pendant que Mar_Lard en prend à peu près plein la figure à vouloir changer un monde qui n’en attendait pas tant, on veut découvrir qui se cache derrière l’impétueuse «gameuse féministe» qui blesse à grands coups de vérité. Immense déception : Mar_Lard n’est pas à la hauteur de sa réputation d’emmerdeuse-aigrie-hysterico-casse-bonbons puisque nous rencontrons une jeune femme tout à fait équilibrée, brillante, s’exprimant avec douceur, précision et un absolu enthousiasme - ce qui n’est pas simple. Mar_Lard est ravie qu’on lui demande de nous parler d’autre chose que de cet article aux insoupçonnés retentissements qui a fait d’elle un étonnant objet de vindicte tout autant qu’il a suscité l’admiration. Mais comme nous ne sommes pas là pour ça, nous n’en parlons que peu, de l’article, laissant Mar_Lard nous raconter son histoire. Une histoire d’authentique geek, le doute n’est pas permis. Il y aura des pixels, des yeux qui brillent, quelques trémolos dans la voix, des hésitations, de la passion, et tout un tas d’autres choses qui font des geeks des êtres comme les autres : humains. 
 
Le moment ?



“C’est la fin de Terranigma. Cette fin m’a fait pleurer ! Terranigma, c’est un RPG japonais assez obscur, sorti en 1995 sur la Super Nes dont la fin est d’une beauté sublime.  Terranigma raconte l’histoire d’un homme qui vit à l’intérieur de la croûte terrestre, dans un village nommé Crysta, une sorte d’Eden fermé à tout. C’est le seul endroit où il reste de la vie sur Terre. Dans le ciel de Crysta, il y a des bulles de cristal bleu qui passent, avec à l’intérieur les mémoires d’un autre temps, celles du monde d’avant, avant que la Terre meure. Les habitants ne savent pas d’où ils viennent, ils sont juste heureux, comme figés dans le temps.
On incarne Ark, un jeune homme ouvrant une boîte de Pandore qui va relancer la vie sur Terre, avec la possibilité de l’évolution et du progrès. Il faut tout recréer : faire émerger les continents, ressusciter les plantes, les oiseaux, ramener le vent pour que les oiseaux puissent migrer…Et au bout d’un moment on ressuscite les humains, et le génie humain. On perd alors la possibilité de parler aux animaux - un vrai déchirement ! – et on guide l’évolution humaine, la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, la démocratie en France, on réinvente le téléphone, l’aéroplane, etc. Jusqu’à l’ère moderne. C’est très compressé évidemment ! La partie dure quand même une trentaine d’heures. 
En faisant avancer le progrès, on comprend ce qui a causé la perte de la Terre. C’est le thème classique de l’humain qui outrepasse les limites de la science. Le jeu s’inspire des théories Gaïa : on a une force de vie et une force de mort qui s’opposent. La force de vie s’est éteinte. La force de mort régnait sur le monde sous-terrain, il ne pouvait pas créer, seulement copier. Après avoir redonné vie à la Terre, on se rend compte à la fin du jeu qu’on est qu’une ombre de ce qui existait avant. Une pâle copie de la vie, foisonnante certes, mais irréelle. On se rencontre alors soi-même. La version qu’on incarnait meurt. Mais, comme c’est un jeu japonais, on est réincarné. La fin est très mélancolique. On est réincarné en oiseau, un grand albatros. On vole au dessus de la Terre et on observe le progrès, le tout sur une musique bouleversante. Alors que le son commence à baisser, l’albatros se pose sur une maison. Dans cette maison, il y a la version vivante de son amoureuse.”
 
L’histoire ?
“C’est mon cousin qui m’a fait découvrir Terranigma.  J’aimais déjà les jeux vidéos, les RPG, etc. J’avais commencé avec Pokémon sur GameBoy Color, puis j’étais allé vers quelque chose de plus classique type Golden Sun. Je devais avoir 14-15 ans quand j’ai joué à Terranigma pour la première fois, un jeu sorti bien avant, quand j’avais 4 ans. C’est seulement plus tard que j’ai compris toute sa magnitude. 
Je n’y ai jamais rejoué en entier, mais j’y suis revenu plusieurs fois, j’ai revu des moments. Je me souviens du moment où j’ai pleuré. J’étais chez moi, toute seule après l’extinction des feux, il était très tard - c’était très mal (rires). J’ai eu beaucoup de mal à battre le boss de fin. Puis j’ai été soufflée. D’émotion. La musique [composée par Miyoko Kobayashi et Masanori Hikichi, ndSC) est un crescendo, une explosion de vie. Je vois le paysage du ciel, je me dit que j’ai tout re-créé en guidant l’évolution humaine, et maintenant je m’en vais. C’est assez ingrat, comme souvent dans les jeux japonais… Le jeu prend son temps, cherche d’abord à dire quelque chose - un message écolo proche des films de Miyazaki - et ensuite à assurer le gameplay adéquat pour l’exprimer(jeu peu orienté sur le combat, pas de d’affrontement Bien contre Mal, simplement une recherche d’équilibre). C’est rare.
Malgré les limites techniques de l’époque, Terranigma parvient à faire usage de tous les aspects du jeu vidéo : l’interactivité, les graphismes, la musique. C’est une expérience narrative très forte. Par exemple à un moment, il y a une scène dans l’Himalaya. Il y a une avalanche qui t’enfouit dans une crevasse avec une chèvre. On peut encore parler aux animaux à cette époque, donc tu parles à la chèvre (rires). A côté, il y a une autre chèvre, morte. Celle qui est encore vivante te dit « à côté, c’est mon mari ». La scène est longue, la nuit tombe. Tu commences à avoir faim, la chèvre te propose de manger le corps de son mari. Puis elle s’enroule autour de toi pour te tenir chaud. Le lendemain la crevasse s’est un peu débouchée, tu peux grimper avec tes mains, mais pas la chèvre. Tu dois l’abandonner au fond de la crevasse… Le tout dans un jeu vidéo. Tu n’as jamais vu ça ! Ce qui change tout, c’est que c’est toi qui joue le personnage, toi qui monte la crevasse en laissant la chèvre derrière. C’est toi qui a fait renaître le monde ! Le jeu vidéo est un entremêlement de toi et d’un avatar à travers lequel tu as passé 30 heures. C’est à la fois toi, et pas toi. Il y a un vrai truc à explorer.”
 

La suite ?
“En reposant la manette après Terranigma, je me suis mis en quête d’une émotion similaire, avec un autre jeu. J’ai compris qu’on pouvait aller plus loin dans les jeux vidéos. 
Dans le jeu, Il y a encore trop souvent un manque d’ambition au niveau de la narration, on reste dans les clichés, les schémas déjà explorés. Dans Terranigma, j’ai l’impression que le studio Quintet, qui avait déjà réalisé des jeux dans le même veine comme Illusion of Time, a tout mis. Comme s’ils n’avaient rien à perdre. Le studio est d’ailleurs mort avec ce jeu, tellement peaufiné qu’il est sans doute sorti trop tard : en 1995, c’était la fin de l’ère Super Nes… Ensuite, quand j’ai commencé à digérer Terranigma, quelques années plus tard – deux ans après mon Bac - je me suis dit que je voulais faire comme eux. Raconter des histoires par le biais de ce média-là. Faire vivre des moments de beauté et de transport pur comme celui-là au joueur.D’ailleurs quand j’ai commencé à apprendre la modélisation 3D, les premiers trucs que j’ai faits, c’étaient des modélisations de Terranigma ! 
Le jeu vidéo est encore jeune, il a tellement de possibilités encore sous-exploitées, avec l’aspect multimédia moderne plus l’interactivité… J’ai compris que c’était mon créneau avec Terranigma, mais j’ai été marquée par d’autres jeux comme Shadow Hearts (Playstation), un JRPG d’horreur lovecraftien dans l’univers de la première guerre mondiale avec des décors peints superbes,  Final Fantasy VI, puis Persona 3 - encore un JRPG ! (rires) A chaque fois, l’histoire est au centre. Ces jeux ne m’ont pas forcément fait pleurer, mais ils m’ont procuré des moments très forts.Dans un autre genre, la série Assassins Creed m’a impressionné, et les Zelda aussi - encore un jeu japonais ! 
 J’ai deux mangas (très rares) et trois version du jeu Terranigma, une en anglais, une en Allemand et une que j’ai achetée au Japon, à Den-Den Town, un quartier d’Osaka où l’on trouve des tonnes de jeux rétros. Terranigma continue à m’habiter, la musique m’accompagne tous les jours. Je l’ai encore sur mon mp3, en 32 bits bien sales (rires). Ma playlist change tout le temps, mais cette musique, elle, n’a jamais bougé. Elle me rappelle les images du jeu et en fait naître de nouvelles : beaucoup de mes idées sont venues de cette musique ! Je rêve de faire un remake du jeu, avec la même musique, mais version orchestrale…”

Un grand merci à Mar_Lard pour son histoire, son temps, et la jolie lueur dans les yeux, qui n’a cessée de briller durant tout l’entretien.
Marlard sur Twitter
Episode précédent : Emmanuel Vivier et la leçon de Tyler Durden
 

humanslovestories:

Saison 02 - Episode 03 : Mar_Lard, “gameuse passionnée et féministe”, raconte son moment-clé : l’histoire d’une histoire qui l’a marquée.

L’humain :

«Mar_lard» : il est possible que ce pseudonyme vous soit familier. Si vous vous intéressez de près ou de loin au jeu vidéo, il est même probable que vous ayez lu ou entendu un avis sur “Mar_lard” et son désormais fameux pavé, balancé il y a deux mois dans une mare qui clapotait jusqu’alors sereinement. “Sexisme chez les geeks : pourquoi notre communauté est malade et comment y remedier”, le long billet de Mar_Lard (quelques centaines de milliers de signes, soit la taille d’un petit livre, tout de même) constitue une implacable démonstration ayant courroucé plus d’un geek de type masculin, les plus nuancés dissimulant mal leur gêne d’avoir été pris la main dans le sac à boobs.

Mar_Lard ou celle qui agace les garçons en faisant le constat de quelques évidences avec une détermination qui force le respect, et avec en son centre l’underscore caractéristique de ces noms nés sur les claviers. 

Pendant que Mar_Lard en prend à peu près plein la figure à vouloir changer un monde qui n’en attendait pas tant, on veut découvrir qui se cache derrière l’impétueuse «gameuse féministe» qui blesse à grands coups de vérité. Immense déception : Mar_Lard n’est pas à la hauteur de sa réputation d’emmerdeuse-aigrie-hysterico-casse-bonbons puisque nous rencontrons une jeune femme tout à fait équilibrée, brillante, s’exprimant avec douceur, précision et un absolu enthousiasme - ce qui n’est pas simple. Mar_Lard est ravie qu’on lui demande de nous parler d’autre chose que de cet article aux insoupçonnés retentissements qui a fait d’elle un étonnant objet de vindicte tout autant qu’il a suscité l’admiration. Mais comme nous ne sommes pas là pour ça, nous n’en parlons que peu, de l’article, laissant Mar_Lard nous raconter son histoire. Une histoire d’authentique geek, le doute n’est pas permis. Il y aura des pixels, des yeux qui brillent, quelques trémolos dans la voix, des hésitations, de la passion, et tout un tas d’autres choses qui font des geeks des êtres comme les autres : humains. 

 

Le moment ?

“C’est la fin de Terranigma. Cette fin m’a fait pleurer ! Terranigma, c’est un RPG japonais assez obscur, sorti en 1995 sur la Super Nes dont la fin est d’une beauté sublime.  Terranigma raconte l’histoire d’un homme qui vit à l’intérieur de la croûte terrestre, dans un village nommé Crysta, une sorte d’Eden fermé à tout. C’est le seul endroit où il reste de la vie sur Terre. Dans le ciel de Crysta, il y a des bulles de cristal bleu qui passent, avec à l’intérieur les mémoires d’un autre temps, celles du monde d’avant, avant que la Terre meure. Les habitants ne savent pas d’où ils viennent, ils sont juste heureux, comme figés dans le temps.

On incarne Ark, un jeune homme ouvrant une boîte de Pandore qui va relancer la vie sur Terre, avec la possibilité de l’évolution et du progrès. Il faut tout recréer : faire émerger les continents, ressusciter les plantes, les oiseaux, ramener le vent pour que les oiseaux puissent migrer…Et au bout d’un moment on ressuscite les humains, et le génie humain. On perd alors la possibilité de parler aux animaux - un vrai déchirement ! – et on guide l’évolution humaine, la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, la démocratie en France, on réinvente le téléphone, l’aéroplane, etc. Jusqu’à l’ère moderne. C’est très compressé évidemment ! La partie dure quand même une trentaine d’heures.

En faisant avancer le progrès, on comprend ce qui a causé la perte de la Terre. C’est le thème classique de l’humain qui outrepasse les limites de la science. Le jeu s’inspire des théories Gaïa : on a une force de vie et une force de mort qui s’opposent. La force de vie s’est éteinte. La force de mort régnait sur le monde sous-terrain, il ne pouvait pas créer, seulement copier. Après avoir redonné vie à la Terre, on se rend compte à la fin du jeu qu’on est qu’une ombre de ce qui existait avant. Une pâle copie de la vie, foisonnante certes, mais irréelle. On se rencontre alors soi-même. La version qu’on incarnait meurt. Mais, comme c’est un jeu japonais, on est réincarné. La fin est très mélancolique. On est réincarné en oiseau, un grand albatros. On vole au dessus de la Terre et on observe le progrès, le tout sur une musique bouleversante. Alors que le son commence à baisser, l’albatros se pose sur une maison. Dans cette maison, il y a la version vivante de son amoureuse.”

 

L’histoire ?

“C’est mon cousin qui m’a fait découvrir Terranigma.  J’aimais déjà les jeux vidéos, les RPG, etc. J’avais commencé avec Pokémon sur GameBoy Color, puis j’étais allé vers quelque chose de plus classique type Golden Sun. Je devais avoir 14-15 ans quand j’ai joué à Terranigma pour la première fois, un jeu sorti bien avant, quand j’avais 4 ans. C’est seulement plus tard que j’ai compris toute sa magnitude.

Je n’y ai jamais rejoué en entier, mais j’y suis revenu plusieurs fois, j’ai revu des moments. Je me souviens du moment où j’ai pleuré. J’étais chez moi, toute seule après l’extinction des feux, il était très tard - c’était très mal (rires). J’ai eu beaucoup de mal à battre le boss de fin. Puis j’ai été soufflée. D’émotion. La musique [composée par Miyoko Kobayashi et Masanori Hikichi, ndSC) est un crescendo, une explosion de vie. Je vois le paysage du ciel, je me dit que j’ai tout re-créé en guidant l’évolution humaine, et maintenant je m’en vais. C’est assez ingrat, comme souvent dans les jeux japonais… Le jeu prend son temps, cherche d’abord à dire quelque chose - un message écolo proche des films de Miyazaki - et ensuite à assurer le gameplay adéquat pour l’exprimer(jeu peu orienté sur le combat, pas de d’affrontement Bien contre Mal, simplement une recherche d’équilibre). C’est rare.

Malgré les limites techniques de l’époque, Terranigma parvient à faire usage de tous les aspects du jeu vidéo : l’interactivité, les graphismes, la musique. C’est une expérience narrative très forte. Par exemple à un moment, il y a une scène dans l’Himalaya. Il y a une avalanche qui t’enfouit dans une crevasse avec une chèvre. On peut encore parler aux animaux à cette époque, donc tu parles à la chèvre (rires). A côté, il y a une autre chèvre, morte. Celle qui est encore vivante te dit « à côté, c’est mon mari ». La scène est longue, la nuit tombe. Tu commences à avoir faim, la chèvre te propose de manger le corps de son mari. Puis elle s’enroule autour de toi pour te tenir chaud. Le lendemain la crevasse s’est un peu débouchée, tu peux grimper avec tes mains, mais pas la chèvre. Tu dois l’abandonner au fond de la crevasse… Le tout dans un jeu vidéo. Tu n’as jamais vu ça ! Ce qui change tout, c’est que c’est toi qui joue le personnage, toi qui monte la crevasse en laissant la chèvre derrière. C’est toi qui a fait renaître le monde ! Le jeu vidéo est un entremêlement de toi et d’un avatar à travers lequel tu as passé 30 heures. C’est à la fois toi, et pas toi. Il y a un vrai truc à explorer.”

 

La suite ?

“En reposant la manette après Terranigma, je me suis mis en quête d’une émotion similaire, avec un autre jeu. J’ai compris qu’on pouvait aller plus loin dans les jeux vidéos.

Dans le jeu, Il y a encore trop souvent un manque d’ambition au niveau de la narration, on reste dans les clichés, les schémas déjà explorés. Dans Terranigma, j’ai l’impression que le studio Quintet, qui avait déjà réalisé des jeux dans le même veine comme Illusion of Time, a tout mis. Comme s’ils n’avaient rien à perdre. Le studio est d’ailleurs mort avec ce jeu, tellement peaufiné qu’il est sans doute sorti trop tard : en 1995, c’était la fin de l’ère Super Nes… Ensuite, quand j’ai commencé à digérer Terranigma, quelques années plus tard – deux ans après mon Bac - je me suis dit que je voulais faire comme eux. Raconter des histoires par le biais de ce média-là. Faire vivre des moments de beauté et de transport pur comme celui-là au joueur.D’ailleurs quand j’ai commencé à apprendre la modélisation 3D, les premiers trucs que j’ai faits, c’étaient des modélisations de Terranigma !

Le jeu vidéo est encore jeune, il a tellement de possibilités encore sous-exploitées, avec l’aspect multimédia moderne plus l’interactivité… J’ai compris que c’était mon créneau avec Terranigma, mais j’ai été marquée par d’autres jeux comme Shadow Hearts (Playstation), un JRPG d’horreur lovecraftien dans l’univers de la première guerre mondiale avec des décors peints superbes,  Final Fantasy VI, puis Persona 3 - encore un JRPG ! (rires) A chaque fois, l’histoire est au centre. Ces jeux ne m’ont pas forcément fait pleurer, mais ils m’ont procuré des moments très forts.Dans un autre genre, la série Assassins Creed m’a impressionné, et les Zelda aussi - encore un jeu japonais ! 

J’ai deux mangas (très rares) et trois version du jeu Terranigma, une en anglais, une en Allemand et une que j’ai achetée au Japon, à Den-Den Town, un quartier d’Osaka où l’on trouve des tonnes de jeux rétros. Terranigma continue à m’habiter, la musique m’accompagne tous les jours. Je l’ai encore sur mon mp3, en 32 bits bien sales (rires). Ma playlist change tout le temps, mais cette musique, elle, n’a jamais bougé. Elle me rappelle les images du jeu et en fait naître de nouvelles : beaucoup de mes idées sont venues de cette musique ! Je rêve de faire un remake du jeu, avec la même musique, mais version orchestrale…”

Un grand merci à Mar_Lard pour son histoire, son temps, et la jolie lueur dans les yeux, qui n’a cessée de briller durant tout l’entretien.

Marlard sur Twitter

Episode précédent : Emmanuel Vivier et la leçon de Tyler Durden

 

mai 15, 2013
Escher Girls: Clothes I'm forced to wear in the majority of MMORPGS

repair-her-armor:

[Please take note that the commentary is just for fun. Bunch of sarcasm. Don’t take it too seriously. I am getting tired of these outfits, though.]

image

1. The classic Bikini Armor. If you’re lucky you might get an actual shoulder-pad! If the designers even bother…

mai 1, 2013
humanslovestories:

Saison 02 - Episode 02 : Emmanuel Vivier, expert marketing digital, co-fondateur de l’agence Vanksen et fondateur du Hub Institute, raconte son moment-clé : l’histoire d’une histoire qui l’a marqué.



L’humain :
Lorsque l’on tape “Emmanuel Vivier” dans Google, on obtient 56 500 résultats en 0,12 secondes.  C’est le résultat de 14 ans d’expertise et de présence en ligne.
Sur ces 56 500 résultats, environ aucun ne vous indiquera qui est vraiment Emmanuel Vivier, au delà de son intitulé professionnel. Voilà un homme qui arrive à se dissimuler en pleine lumière depuis plus d’une décennie. Forcément c’est un mystère.
De fait, “Expert” et “Mystère” sont les deux mots clés qui ont émergé spontanément lors de l’étude qualitative menée par nous-même en préparant cet épisode. 
Emmanuel Vivier est un “homme de réseaux” dans les deux sens du terme. Ultra connecté à ce qui fait (et fera) Internet et ultra connecté tout court : à d’autres experts, à des talents, à des clients. Une sorte de mélange entre Wikipedia et Linkedin en beaucoup plus amical, en somme. 
Mais Emmanuel Vivier est avant tout un passionné. Un vrai. Habité par la curiosité absolue pour tout ce qui touche de près ou de loin à Internet. Avec le «digital» comme culture, au delà des poses et de «l’influence», car là n’est pas le propos. Emmanuel Vivier partage, échange et connecte, avec le sourire et l’envie communicative de vous embarquer à la découverte de ce qu’il nomme en permanence le «nouveau monde», en opposition au «monde 1.0», celui «d’avant», trop vertical, trop lent, trop timoré. Aucun doute : Emmanuel Vivier est non seulement un indéniable expert mais un authentique passionné.
Nous, on l’écoute nous raconter son histoire avec un enthousiasme non feint, creuser le sujet, mettre en perspective, dérouler le fil pour mieux comprendre, curieux de ce qu’il pourra trouver au bout. Et puis, parfois, au détour d’une relance, un court silence, suivi d’un léger rire. Presque timide. Presque. Le son de la boîte noire qui s’entrouvre. Emmanuel parle vite et bien. Pourtant, quand il s’agit de parler de lui, Emmanuel dit «tu», jamais «je». La conversation s’étend, Emmanuel parle de lui, et les «tu» s’enchaînent. Jamais «je». Ou très peu. Il se raconte en prenant soin de ne jamais vraiment parler de lui. Touchant, forcément. On songe alors à Jack / Tyler, le héros aux deux visages de Fight Club. On y songe d’autant plus que c’est exactement le sujet…



Le moment ?
“C’est une phrase très précise de Fight Club :
« Tyler dit : les choses que tu possèdes finissent toujours par te posséder. C’est seulement après avoir tout perdu que tu es libre de faire ce dont tu as envie.»





Le personnage de Fight Club est en mode white collar. C’est tout le concept : un type intégré qui se rend compte que tout ça est n’importe quoi et que ce n’est pas ce qu’il veut vraiment. Le film est d’une violence insensée dans sa réflexion sur la société de consommation, avec des normes pour tout. Fight Club t’explique que tout est bordé, cadré, décidé et déjà écrit pour toi. Et tu prends une question en pleine face : où est ton libre arbitre ?
(NdSC : attention, spoiler)
Lorsque tu comprends que les deux personnages sont une seule et même personne, c’est une grande claque. Et les personnages deviennent toi : on t’a vendu un modèle, tu t’y accroches, et ton autre toi arrive et te dit : «Oublie tout ça !»
(NdSC : attention, fin du spoiler)
Cette phrase te racontes qu’à tout moment, tu dois être prêt à prendre le risque de tout perdre. Et que ce ne sera pas grave. Au contraire, ce sera une libération.”




L’histoire ?
“Lorsque j’ai vu le film, j’étais fasciné. J’aime bien qu’on me force à réexaminer ma vision des choses et Fight Club t’explique clairement que TU TE FAIS AVOIR en te montrant que ton jugement est biaisé. On t’a vendu Desperate Housewives, le jardin et le barbecue qui vont avec, et Tyler Durden est la voix dissonante qui te rappelle que tout ça n’a aucune importance.
Plus tu possèdes, plus tu t’inquiètes pour des choses que ne sont  - au fond - pas très importantes. Tu veux être connu et reconnu. Tu as fait les études qu’il fallait faire, accédé au poste auquel il fallait que tu accèdes, tu t’es appliqué à cocher toutes les cases. Tu es content d’avoir une certaine qualité de vie, tu es content d’avoir accumulé du matériel… Et là tu réalises combien tout ça est superficiel et vain. A chaque achat, tu crois obtenir quelque chose mais tu deviens simplement le détenteur d’une contrainte supplémentaire.
Les possessions, c’est un moyen, pas une fin. Plus tu as réussi, plus tu es content, mais en vérité tu es coincé : tu ne peux plus prendre les mêmes risques. Tu as la crainte de tout perdre.  Cette crainte là peut te paralyser. Tes possessions deviennent des boulets que tu traînes et qui te contraignent. Rentrer dans le moule, c’est le pire risque que tu puisses prendre. Plus c’est figé, et moins c’est liquide et agile, dans une époque où l’agilité est la clé. Quand tu as un emprunt sur le dos par exemple, ça y est : tu es déjà coincé, et ça commence à devenir plus compliqué de sortir du système. Mais en vérité, tout est fait pour te coincer. On t’envoie des messages en permanence pour te faire posséder des choses : une voiture, un appartement, etc… Et à chaque chose que tu possèdes, tu te retrouves un peu plus contraint, jusqu’au jour où tu ne t’autorises plus aucune latitude. Le jour où tu achètes un barbecue, c’est la fin : tu as probablement une maison avec jardin, une famille, un emprunt sur le dos… et tu es coincé. Tu commences à faire les choses «parce que tu n’as pas le choix». En résumé : tu es foutu.
 Plutôt mourir.
Pense aux millions de personnes qui se sont enfermées dans un job qui ne leur plait pas. Par «obligation». Si les gens avaient la possibilité de dire fuck et de changer d’emploi du jour au lendemain, je suis convaincu qu’il y aurait 80% de démissions instantanées !  Même lorsque tu es entrepreneur, tu es un rouage, avec beaucoup de devoirs et finalement assez peu de liberté. Le mythe de l’entrepreneur parfaitement libre est tenace. On essaie de te faire croire ça mais c’est faux : un entrepreneur agit sous contraintes. C’est d’ailleurs le problème : tu es intégré à un système dont tu es forcé de suivre le mouvement. Tu es dépendant de ton banquier, de tes clients, des talents avec lesquels tu collabores. Ce n’est pas parce que tu es dans le système que tu es dupe. Je n’y adhère pas mais je le trouve sophistiqué et fascinant. Tu regardes tout ça et tu te demandes jusqu’où ça peut partir dans le mur. Ça m’amuse encore, ça nourrit encore ma curiosité. Mais je sais que je ne suis qu’un rouage.”



La suite ?
“Quand j’ai commencé à bosser, on était en pleine bulle Internet. J’ai démarré dans une boîte où l’on est passé de 13 à 120 personnes en six mois. Tout allait à fond et personne ne pouvait te prendre de haut en te disant : «Ecoute petit, je vais t’expliquer comment ça marche, je fais ça depuis 25 ans.» PERSONNE ne pouvait te dire ça. Tout simplement parce que l’expertise  sur ce que l’on faisait n’existait pas encore. On improvisait ! Tout le monde improvisait tous les jours.
J’ai vu Fight Club à cette période et ça m’a conforté dans mon choix : réussir d’accord, mais avec un nouveau modèle, de nouveaux codes. Ne surtout pas se laisser avoir. Ne surtout pas se laisser coincer.  
Dans Fight Club, il y avait un aspect à la fois tribal et viral passionnant, qui entrait en résonance avec ce que je vivais à l’époque : les types se combattent mais il y a une fraternité, les clubs se répliquent de villes en villes, et les nouvelles valeurs se répandent. Dans les start ups, c’est pareil : on se tire la bourre, bien sûr, mais on ne se déteste pas, au contraire. Tu retrouves clairement cet esprit là : on est concurrents, mais on construit un nouveau modèle ensemble. Il n’y a pas cet aspect Haine 1.0. Ça c’est un truc de l’ancien monde. La rupture de cette génération d’entrepreneurs avec l’ancien monde n’est pas seulement technologique : c’est tout le système de valeurs qui change. 
Internet est un formidable disrupteur : tu ne peux plus te permettre la stabilité. Rester sur l’ancien modèle dans un nouveau monde, ce n’est pas une super idée. Aujourd’hui, ne pas changer, c’est la mort assurée. Tu n’as aucun plafond. Quel que soit ton domaine, ta seule limite, c’est toi et ton aversion au risque. Mais on va vers des générations hyper liquides. Il n’y a plus de contrat entre les entreprises et les salariés. Le jeu de dupes est fini : les mômes qui arrivent sont moins inquiets que ma génération. Ils n’ont pas connu la stabilité, l’époque où l’objectif, c’était de «posséder». Le pire des risques, aujourd’hui, c’est de ne pas en prendre. A court terme, c’est peut-être salutaire, mais à long terme, tu es condamné. 
Certes, en prenant des risques, tu peux te planter. Mais si tu n’en prends pas, tu es SÛR de te planter. Et chaque chose que tu possèdes contribue à te convaincre de ne prendre aucun risque.
Tout ça est en train de changer : on passe de la possession à l’usage. La plus grande richesse aujourd’hui, selon moi, c’est de pouvoir avoir accès à tout sans rien posséder. Ce que tu possèdes ne sert à rien. A vrai dire, je tends à posséder le moins de choses possible ! J’essaie de tout virtualiser, pour être le plus libre possible. L’objectif, c’est de garder ma liberté au maximum et à tout prix, de ne pas laisser passer une opportunité, de rester mentalement mobile. Mon modèle idéal serait de ne pas avoir de chez moi et de faire tenir tout ce que je possède dans le cloud, pour avoir la possibilité de  changer de pays tous les mois.
Fight Club m’a aidé à verbaliser des intuitions, à mettre des mots dessus : «Les choses que tu possèdes finissent toujours par te posséder.»  Cette phrase, j’y reviens régulièrement, c’est une piqure de rappel qui cristallise ce que je ressens et me permet d’en reprendre conscience. Parce que les pubs me disent EXACTEMENT  le contraire 1000 fois par jour. Cette phrase, c’est un révélateur que tu ne peux plus oublier. Tu dois vivre avec ça : le modèle que l’on t’a proposé n’est pas le bon, et désormais tu le SAIS. 
La question qui reste est : et maintenant que tu sais ça, qu’est ce que tu fais ?”




Un grand merci à Emmanuel pour son histoire, son temps, sa gentillesse… et pour les judicieux conseils passés et à venir.
Emmanuel Vivier sur Twitter
Episode précédent : Alex Berger & l’Homme sur la Lune & la Télévision & L’Odyssée de l’Espace

humanslovestories:

Saison 02 - Episode 02 : Emmanuel Vivier, expert marketing digital, co-fondateur de l’agence Vanksen et fondateur du Hub Institute, raconte son moment-clé : l’histoire d’une histoire qui l’a marqué.



L’humain :

Lorsque l’on tape “Emmanuel Vivier” dans Google, on obtient 56 500 résultats en 0,12 secondes.  C’est le résultat de 14 ans d’expertise et de présence en ligne.

Sur ces 56 500 résultats, environ aucun ne vous indiquera qui est vraiment Emmanuel Vivier, au delà de son intitulé professionnel. Voilà un homme qui arrive à se dissimuler en pleine lumière depuis plus d’une décennie. Forcément c’est un mystère.

De fait, “Expert” et “Mystère” sont les deux mots clés qui ont émergé spontanément lors de l’étude qualitative menée par nous-même en préparant cet épisode. 

Emmanuel Vivier est un “homme de réseaux” dans les deux sens du terme. Ultra connecté à ce qui fait (et fera) Internet et ultra connecté tout court : à d’autres experts, à des talents, à des clients. Une sorte de mélange entre Wikipedia et Linkedin en beaucoup plus amical, en somme. 

Mais Emmanuel Vivier est avant tout un passionné. Un vrai. Habité par la curiosité absolue pour tout ce qui touche de près ou de loin à Internet. Avec le «digital» comme culture, au delà des poses et de «l’influence», car là n’est pas le propos. Emmanuel Vivier partage, échange et connecte, avec le sourire et l’envie communicative de vous embarquer à la découverte de ce qu’il nomme en permanence le «nouveau monde», en opposition au «monde 1.0», celui «d’avant», trop vertical, trop lent, trop timoré. Aucun doute : Emmanuel Vivier est non seulement un indéniable expert mais un authentique passionné.

Nous, on l’écoute nous raconter son histoire avec un enthousiasme non feint, creuser le sujet, mettre en perspective, dérouler le fil pour mieux comprendre, curieux de ce qu’il pourra trouver au bout. Et puis, parfois, au détour d’une relance, un court silence, suivi d’un léger rire. Presque timide. Presque. Le son de la boîte noire qui s’entrouvre. Emmanuel parle vite et bien. Pourtant, quand il s’agit de parler de lui, Emmanuel dit «tu», jamais «je». La conversation s’étend, Emmanuel parle de lui, et les «tu» s’enchaînent. Jamais «je». Ou très peu. Il se raconte en prenant soin de ne jamais vraiment parler de lui. Touchant, forcément. On songe alors à Jack / Tyler, le héros aux deux visages de Fight Club. On y songe d’autant plus que c’est exactement le sujet…



Le moment ?

“C’est une phrase très précise de Fight Club :

« Tyler dit : les choses que tu possèdes finissent toujours par te posséder. C’est seulement après avoir tout perdu que tu es libre de faire ce dont tu as envie.»




Le personnage de Fight Club est en mode white collar. C’est tout le concept : un type intégré qui se rend compte que tout ça est n’importe quoi et que ce n’est pas ce qu’il veut vraiment. Le film est d’une violence insensée dans sa réflexion sur la société de consommation, avec des normes pour tout. Fight Club t’explique que tout est bordé, cadré, décidé et déjà écrit pour toi. Et tu prends une question en pleine face : où est ton libre arbitre ?

(NdSC : attention, spoiler)

Lorsque tu comprends que les deux personnages sont une seule et même personne, c’est une grande claque. Et les personnages deviennent toi : on t’a vendu un modèle, tu t’y accroches, et ton autre toi arrive et te dit : «Oublie tout ça !»

(NdSC : attention, fin du spoiler)

Cette phrase te racontes qu’à tout moment, tu dois être prêt à prendre le risque de tout perdre. Et que ce ne sera pas grave. Au contraire, ce sera une libération.”



L’histoire ?

“Lorsque j’ai vu le film, j’étais fasciné. J’aime bien qu’on me force à réexaminer ma vision des choses et Fight Club t’explique clairement que TU TE FAIS AVOIR en te montrant que ton jugement est biaisé. On t’a vendu Desperate Housewives, le jardin et le barbecue qui vont avec, et Tyler Durden est la voix dissonante qui te rappelle que tout ça n’a aucune importance.

Plus tu possèdes, plus tu t’inquiètes pour des choses que ne sont  - au fond - pas très importantes. Tu veux être connu et reconnu. Tu as fait les études qu’il fallait faire, accédé au poste auquel il fallait que tu accèdes, tu t’es appliqué à cocher toutes les cases. Tu es content d’avoir une certaine qualité de vie, tu es content d’avoir accumulé du matériel… Et là tu réalises combien tout ça est superficiel et vain. A chaque achat, tu crois obtenir quelque chose mais tu deviens simplement le détenteur d’une contrainte supplémentaire.

Les possessions, c’est un moyen, pas une fin. Plus tu as réussi, plus tu es content, mais en vérité tu es coincé : tu ne peux plus prendre les mêmes risques. Tu as la crainte de tout perdre.  Cette crainte là peut te paralyser. Tes possessions deviennent des boulets que tu traînes et qui te contraignent. Rentrer dans le moule, c’est le pire risque que tu puisses prendre. Plus c’est figé, et moins c’est liquide et agile, dans une époque où l’agilité est la clé. Quand tu as un emprunt sur le dos par exemple, ça y est : tu es déjà coincé, et ça commence à devenir plus compliqué de sortir du système. Mais en vérité, tout est fait pour te coincer. On t’envoie des messages en permanence pour te faire posséder des choses : une voiture, un appartement, etc… Et à chaque chose que tu possèdes, tu te retrouves un peu plus contraint, jusqu’au jour où tu ne t’autorises plus aucune latitude. Le jour où tu achètes un barbecue, c’est la fin : tu as probablement une maison avec jardin, une famille, un emprunt sur le dos… et tu es coincé. Tu commences à faire les choses «parce que tu n’as pas le choix». En résumé : tu es foutu.

 Plutôt mourir.

Pense aux millions de personnes qui se sont enfermées dans un job qui ne leur plait pas. Par «obligation». Si les gens avaient la possibilité de dire fuck et de changer d’emploi du jour au lendemain, je suis convaincu qu’il y aurait 80% de démissions instantanées !  Même lorsque tu es entrepreneur, tu es un rouage, avec beaucoup de devoirs et finalement assez peu de liberté. Le mythe de l’entrepreneur parfaitement libre est tenace. On essaie de te faire croire ça mais c’est faux : un entrepreneur agit sous contraintes. C’est d’ailleurs le problème : tu es intégré à un système dont tu es forcé de suivre le mouvement. Tu es dépendant de ton banquier, de tes clients, des talents avec lesquels tu collabores. Ce n’est pas parce que tu es dans le système que tu es dupe. Je n’y adhère pas mais je le trouve sophistiqué et fascinant. Tu regardes tout ça et tu te demandes jusqu’où ça peut partir dans le mur. Ça m’amuse encore, ça nourrit encore ma curiosité. Mais je sais que je ne suis qu’un rouage.”



La suite ?

“Quand j’ai commencé à bosser, on était en pleine bulle Internet. J’ai démarré dans une boîte où l’on est passé de 13 à 120 personnes en six mois. Tout allait à fond et personne ne pouvait te prendre de haut en te disant : «Ecoute petit, je vais t’expliquer comment ça marche, je fais ça depuis 25 ans.» PERSONNE ne pouvait te dire ça. Tout simplement parce que l’expertise  sur ce que l’on faisait n’existait pas encore. On improvisait ! Tout le monde improvisait tous les jours.

J’ai vu Fight Club à cette période et ça m’a conforté dans mon choix : réussir d’accord, mais avec un nouveau modèle, de nouveaux codes. Ne surtout pas se laisser avoir. Ne surtout pas se laisser coincer.  

Dans Fight Club, il y avait un aspect à la fois tribal et viral passionnant, qui entrait en résonance avec ce que je vivais à l’époque : les types se combattent mais il y a une fraternité, les clubs se répliquent de villes en villes, et les nouvelles valeurs se répandent. Dans les start ups, c’est pareil : on se tire la bourre, bien sûr, mais on ne se déteste pas, au contraire. Tu retrouves clairement cet esprit là : on est concurrents, mais on construit un nouveau modèle ensemble. Il n’y a pas cet aspect Haine 1.0. Ça c’est un truc de l’ancien monde. La rupture de cette génération d’entrepreneurs avec l’ancien monde n’est pas seulement technologique : c’est tout le système de valeurs qui change. 

Internet est un formidable disrupteur : tu ne peux plus te permettre la stabilité. Rester sur l’ancien modèle dans un nouveau monde, ce n’est pas une super idée. Aujourd’hui, ne pas changer, c’est la mort assurée. Tu n’as aucun plafond. Quel que soit ton domaine, ta seule limite, c’est toi et ton aversion au risque. Mais on va vers des générations hyper liquides. Il n’y a plus de contrat entre les entreprises et les salariés. Le jeu de dupes est fini : les mômes qui arrivent sont moins inquiets que ma génération. Ils n’ont pas connu la stabilité, l’époque où l’objectif, c’était de «posséder». Le pire des risques, aujourd’hui, c’est de ne pas en prendre. A court terme, c’est peut-être salutaire, mais à long terme, tu es condamné. 

Certes, en prenant des risques, tu peux te planter. Mais si tu n’en prends pas, tu es SÛR de te planter. Et chaque chose que tu possèdes contribue à te convaincre de ne prendre aucun risque.

Tout ça est en train de changer : on passe de la possession à l’usage. La plus grande richesse aujourd’hui, selon moi, c’est de pouvoir avoir accès à tout sans rien posséder. Ce que tu possèdes ne sert à rien. A vrai dire, je tends à posséder le moins de choses possible ! J’essaie de tout virtualiser, pour être le plus libre possible. L’objectif, c’est de garder ma liberté au maximum et à tout prix, de ne pas laisser passer une opportunité, de rester mentalement mobile. Mon modèle idéal serait de ne pas avoir de chez moi et de faire tenir tout ce que je possède dans le cloud, pour avoir la possibilité de  changer de pays tous les mois.

Fight Club m’a aidé à verbaliser des intuitions, à mettre des mots dessus : «Les choses que tu possèdes finissent toujours par te posséder.»  Cette phrase, j’y reviens régulièrement, c’est une piqure de rappel qui cristallise ce que je ressens et me permet d’en reprendre conscience. Parce que les pubs me disent EXACTEMENT  le contraire 1000 fois par jour. Cette phrase, c’est un révélateur que tu ne peux plus oublier. Tu dois vivre avec ça : le modèle que l’on t’a proposé n’est pas le bon, et désormais tu le SAIS. 

La question qui reste est : et maintenant que tu sais ça, qu’est ce que tu fais ?”



Un grand merci à Emmanuel pour son histoire, son temps, sa gentillesse… et pour les judicieux conseils passés et à venir.

Emmanuel Vivier sur Twitter

Episode précédent : Alex Berger & l’Homme sur la Lune & la Télévision & L’Odyssée de l’Espace

janvier 27, 2013

Les soeurs Stella, extrait de la série Nashville. Petite pépite….

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